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Le photogramme : définition et histoire


Photogramme couleur réalisé à partir de fragments de verre, série Projection astrale de Jonas Delhaye

Le mot photogramme a deux sens bien distincts. En photographie, il désigne une image obtenue sans appareil, en posant des objets directement sur une surface sensible. Au cinéma, il désigne chacune des images fixes qui composent un film. Cet article est surtout consacré au premier sens, qui a donné lieu à une riche histoire artistique, mais revient aussi sur le second.

Définition : une photographie sans appareil

Un photogramme est réalisé en plaçant des objets (feuilles, dentelles, verre, outils, objets du quotidien) sur un papier photosensible, puis en exposant l'ensemble à la lumière. Là où l'objet arrête la lumière, le papier reste clair ; là où la lumière passe, il noircit après développement. On obtient une image négative, en ombres blanches sur fond noir. Les objets transparents ou translucides laissent passer une partie de la lumière et créent des gris, des dégradés, des textures.

Le photogramme ne représente donc pas un sujet à distance, comme le fait un appareil : il en enregistre l'empreinte lumineuse, à l'échelle 1, par contact ou quasi-contact.

Une histoire aussi ancienne que la photographie

Les débuts : Talbot et Anna Atkins

Dans les années 1830, l'Anglais William Henry Fox Talbot, l'un des inventeurs de la photographie, réalise ce qu'il appelle des « dessins photogéniques » en posant des feuilles et des dentelles sur du papier sensibilisé. Quelques années plus tard, la botaniste Anna Atkins utilise le cyanotype, procédé au fer qui donne des images bleues, pour publier à partir de 1843 un recueil d'algues britanniques entièrement illustré par des photogrammes. Il est considéré comme le premier livre illustré par la photographie.

Les avant-gardes des années 1920

Le photogramme connaît un second âge d'or avec les avant-gardes. Vers 1918-1919, Christian Schad réalise de petites images abstraites que Tristan Tzara baptise « schadographies ». En 1922, Man Ray publie Champs délicieux, un album de photogrammes qu'il nomme « rayographies ». La même année, László Moholy-Nagy, futur professeur au Bauhaus, commence à explorer le procédé, qu'il considère comme une manière d'écrire directement avec la lumière. C'est d'ailleurs lui qui contribue à imposer le terme de photogramme.

Les pratiques contemporaines

Depuis, de nombreux artistes ont poursuivi ces recherches, souvent à grande échelle. L'Allemand Floris Neusüss a consacré une grande partie de son œuvre au photogramme, y compris avec des corps entiers allongés sur le papier, et le Britannique Adam Fuss l'a utilisé pour des images de lumière, d'eau et de mouvement.

Le photogramme couleur

Le principe s'applique aussi au papier couleur. En chambre noire totale, on expose un papier chromogène à travers des filtres colorés ou des objets en verre teinté. Les couleurs obtenues sont complémentaires de celles qui frappent le papier, ce qui rend le résultat difficile à prévoir et passionnant à expérimenter. La série Projection astrale de Jonas Delhaye est née de photogrammes en couleur de fragments de verre, conçus à l'origine en pensant au vitrail. Le lien entre verre, lumière et image est également exploré dans notre article sur la grisaille du vitrail.

Réaliser un photogramme : la méthode

En chambre noire, sur papier argentique

  1. Sous lumière inactinique rouge, posez une feuille de papier photo noir et blanc, côté émulsion vers le haut, sous l'agrandisseur.
  2. Disposez vos objets sur le papier. Une plaque de verre peut aplatir les éléments fins.
  3. Allumez l'agrandisseur quelques secondes. Faites des bandes d'essai pour trouver le bon temps.
  4. Développez dans le révélateur, passez au bain d'arrêt, fixez puis lavez.

En plein air, au cyanotype

Le cyanotype est idéal pour débuter, y compris avec des enfants : on enduit un papier aquarelle d'une solution de citrate d'ammonium ferrique et de ferricyanure de potassium (vendue en kits), on le laisse sécher à l'abri de la lumière, on y pose des végétaux et on l'expose au soleil quelques minutes. Un simple rinçage à l'eau révèle l'image en bleu de Prusse. Le ferricyanure de potassium se manipule avec des gants et ne doit jamais être mis en contact avec un acide fort.

Le papier solaire

Il existe aussi des papiers « solaires » prêts à l'emploi, qui se développent à l'eau du robinet. Ils permettent d'obtenir un photogramme en une demi-heure, sans laboratoire.

Le photogramme au cinéma

Dans le vocabulaire du cinéma, un photogramme est l'une des images fixes qui se succèdent sur la pellicule. À la cadence standard de 24 images par seconde, une minute de film en compte 1 440. Par extension, on appelle aussi photogramme une image extraite d'un film et reproduite dans un livre ou un article, à distinguer de la photographie de plateau, prise par un photographe pendant le tournage.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un photogramme en photographie ?

C'est une image obtenue sans appareil, en posant des objets sur un papier photosensible puis en l'exposant à la lumière. Les objets apparaissent en ombres claires sur fond sombre.

Qui a inventé le photogramme ?

William Henry Fox Talbot réalise ses « dessins photogéniques » dans les années 1830. Le procédé est ensuite repris par Anna Atkins, puis par Christian Schad, Man Ray et László Moholy-Nagy.

Qu'est-ce qu'un photogramme au cinéma ?

C'est l'une des images fixes qui composent un film, soit 24 par seconde en cadence standard. Le mot désigne aussi une image extraite d'un film.

Comment faire un photogramme sans chambre noire ?

Avec du papier cyanotype ou du papier solaire : on pose des objets dessus, on expose au soleil, puis on rince à l'eau pour révéler l'image.

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Mis à jour le 3 novembre 2026