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Le collodion humide : histoire et technique


Ambrotype au collodion humide sur fragments de verre de casque de soudure, œuvre Sceller de Jonas Delhaye

Procédé photographique dominant de la seconde moitié du XIXe siècle, le collodion humide a connu depuis une vingtaine d'années une renaissance spectaculaire. Ses images sur verre ou sur métal, d'une finesse étonnante et d'une matière unique, séduisent photographes, portraitistes et artistes plasticiens. Voici ce qu'il faut savoir sur son histoire, son fonctionnement et ses variantes.

Une invention du milieu du XIXe siècle

En 1851, le Britannique Frederick Scott Archer publie la méthode qui va s'imposer dans le monde entier : couler sur une plaque de verre une couche de collodion, la sensibiliser, puis l'exposer et la développer avant qu'elle ne sèche. Le Français Gustave Le Gray avait évoqué l'usage du collodion peu avant, mais c'est la description d'Archer, publiée sans brevet, qui se diffuse rapidement.

Le procédé répond aux limites des techniques précédentes. Le daguerréotype (1839) offrait une grande précision mais produisait une image unique, impossible à reproduire. Le calotype de Talbot permettait les tirages multiples grâce à un négatif papier, mais l'image restait moins nette. Le négatif sur verre au collodion combine la netteté du premier et la reproductibilité du second, avec des temps de pose plus courts. Il domine la photographie jusqu'aux années 1880, lorsque les plaques sèches au gélatino-bromure d'argent, prêtes à l'emploi, le remplacent.

Qu'est-ce que le collodion ?

Le collodion est une solution visqueuse de nitrocellulose (coton-poudre) dans un mélange d'éther et d'alcool. Utilisé à l'origine en pharmacie pour protéger les plaies, il forme en séchant une pellicule transparente et souple. Pour la photographie, on y ajoute des sels d'halogénures (iodures et bromures) qui, au contact du nitrate d'argent, formeront les cristaux sensibles à la lumière.

Les étapes d'une plaque au collodion humide

Tout le processus doit être réalisé en une dizaine de minutes environ, tant que la couche reste humide : c'est ce qui a donné son nom au procédé et ce qui obligeait les photographes de terrain à transporter un véritable laboratoire mobile.

  1. Préparer le support. La plaque de verre ou de métal est soigneusement nettoyée et dégraissée : la moindre trace se verra sur l'image.
  2. Couler le collodion. On verse le collodion iodé au centre de la plaque, puis on l'incline pour le répartir en une couche régulière avant d'évacuer l'excédent par un coin.
  3. Sensibiliser. La plaque est plongée quelques minutes dans un bain de nitrate d'argent, à l'abri de la lumière blanche. Des halogénures d'argent se forment dans la couche.
  4. Exposer. Encore humide, la plaque est placée dans un châssis, puis dans la chambre photographique. Le temps de pose va de quelques secondes à plusieurs minutes selon la lumière.
  5. Développer. De retour en chambre noire, on verse un révélateur, traditionnellement à base de sulfate de fer. L'image apparaît en quelques secondes ; on arrête le développement à l'eau.
  6. Fixer. Un bain de fixateur (thiosulfate de sodium aujourd'hui, cyanure de potassium au XIXe siècle) dissout l'argent non exposé.
  7. Vernir. Après lavage et séchage, la plaque est protégée par un vernis, souvent à base de sandaraque, appliqué à chaud.

Négatif, ambrotype, ferrotype : trois usages

Selon le support et la manière de présenter la plaque, le même procédé donne des objets très différents :

  • Le négatif sur verre sert à réaliser des tirages sur papier, à l'époque principalement sur papier albuminé. C'était l'usage majeur du procédé.
  • L'ambrotype est un négatif sur verre volontairement peu exposé, présenté devant un fond sombre (vernis noir, tissu, papier). Les zones d'argent apparaissent claires sur le fond noir et l'image se lit comme un positif. Chaque ambrotype est une pièce unique.
  • Le ferrotype, ou tintype en anglais, applique le même principe sur une fine tôle de fer laquée noire. Bon marché et robuste, il a été très populaire pour les portraits, notamment aux États-Unis.

Une esthétique reconnaissable

L'émulsion au collodion est surtout sensible au bleu et à l'ultraviolet, et très peu au rouge. Les ciels bleus se retrouvent souvent blancs, les lèvres et les taches de rousseur foncent, les yeux clairs deviennent lumineux. Sa sensibilité est très faible, de l'ordre d'un ISO ou moins, ce qui impose des poses longues et une immobilité du sujet. À cela s'ajoutent les marques du geste : coulures sur les bords, traces de doigts du photographe, irrégularités de la couche, petites bulles. Ces « accidents » font partie de l'attrait du procédé pour les praticiens contemporains.

Le renouveau contemporain

Abandonné pendant près d'un siècle, le collodion humide est réapparu à partir des années 1990 dans les pratiques d'artistes et de photographes à la recherche d'une image matérielle, unique et lente. L'Américaine Sally Mann l'a notamment utilisé pour des séries de paysages et de portraits. Aujourd'hui, des ateliers et stages initient le public, et de nombreux portraitistes proposent des ambrotypes ou ferrotypes réalisés à la chambre.

Le procédé intéresse aussi les plasticiens pour sa capacité à se déposer sur des supports inattendus. Dans le travail de Jonas Delhaye, le collodion est coulé sur l'intérieur de sphères de porcelaine dans Fossiles (Kaolin), sur des fragments de verre de casque de soudure dans Sceller, sur verre rétroéclairé dans Grisaille, ou encore sur un grand disque de verre dans Planisphère ; il est associé à la cire d'abeille et au noir de fumée dans Panoptiques.

Précautions

Les produits du collodion humide demandent de la rigueur : l'éther et l'alcool sont très inflammables, le nitrate d'argent tache durablement la peau et irrite les yeux, et certains fixateurs historiques comme le cyanure sont extrêmement toxiques. La pratique se fait dans un local ventilé, avec gants et lunettes, et l'apprentissage auprès d'un praticien expérimenté est vivement conseillé.

Questions fréquentes

Qui a inventé le collodion humide ?

Le procédé a été publié en 1851 par le Britannique Frederick Scott Archer. Le Français Gustave Le Gray avait évoqué l'emploi du collodion peu auparavant.

Pourquoi parle-t-on de collodion « humide » ?

Parce que la plaque doit être sensibilisée, exposée et développée avant que la couche de collodion ne sèche, soit en une dizaine de minutes environ.

Quelle est la différence entre ambrotype et ferrotype ?

Les deux sont des images uniques au collodion lues comme des positifs. L'ambrotype est réalisé sur verre et présenté devant un fond sombre ; le ferrotype est réalisé directement sur une tôle de fer laquée noire.

Le collodion humide est-il dangereux ?

Il utilise des produits inflammables (éther, alcool) et corrosifs (nitrate d'argent). Il se pratique avec gants, lunettes et une bonne ventilation, de préférence après une formation.

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Mis à jour le 3 novembre 2026